Saint-Laurent du Maroni, l'histoire du bagne

Vous avez peut-être déjà vu ou lu « Papillon », l’histoire plus ou moins autobiographique d’Henri Charrière et de ses différentes évasions du bagne de Guyane. La cellule de Papillon, nous l’avons vu, et nous avons entendu l’histoire du bagne de Guyane. C’est malheureusement, après les lancements de fusées à Kourou, ce qu’on entend de la Guyane : l’histoire du bagne. Et ce n’est pas la plus glorieuse.

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Saint-Laurent du Maroni

Au XVIIe siècle, la France lança plusieurs tentatives de colonisation de la Guyane, ainsi que l’Angleterre et les Pays-Bas. Toutes échouées pour diverses raisons, c’est finalement la France qui établira ses quartiers en Guyane. Oui mais c’est un territoire sauvage, méconnu, qui regorge de richesses non exploitées. Des milliers de colons sont envoyés sur le territoire en 1763 : c’est l’expédition de Kourou. Les moustiques porteurs de la Fièvre Jaune, auront raison de ces premiers colons. Le peu de survivants quittèrent le continent pour les Îles du Triangle, rebaptisées Îles du Salut : dépourvues de moustiques compte tenu du climat, la Fièvre Jaune n’y régnait pas ! Elles gardèrent ce nom malgré l’installation d’un bagne pour déportés politiques, appelé « bagne du bagne »…

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Île Royale

C’est alors qu’on amena depuis l’Afrique, des milliers d’esclaves pour travailler les terres de Guyane, sous Napoléon 1er. La Guyane devient prospère, et ne sera même pas concernée par l’abolition de l’esclavage de 1794. En 1802 la République rétablit l’esclavage pour ceux qui n’ont pas été affranchit. Ceux qui ne supportèrent pas cette condition, ont alors fuit vers le fleuve-frontière du Suriname. Ils se donnèrent le nom de « marrons » (connu aussi sous le nom de Bushinengés), et le fleuve fut rebaptisé Maroni.

Nous sommes sous Napoléon III, il n’y a plus d’esclavage, l’insécurité et la peur règne en métropole : plus de monarchie, beaucoup de prisonniers, beaucoup de centres pénitenciers… On envoie alors les pires têtes à Saint-Laurent du Maroni, où est construit le centre de transportation, où sera décidée la place du bagnard : St Laurent, St Jean, Cayenne, Îles du Salut ?

C’est eux désormais qui feront tourner la Guyane, Saint-Laurent devient une ville-pénitentiaire , le maire est également le directeur du bagne. Assassins, récidivistes, révoltés, prisonniers politiques… Il reste très peu d’archives, de témoignages de cette période de bagne. Mais les vestiges sont bien là, les gravures des prisonniers dans leurs cellules, quelques photos, la guillotine… Ils bâtiront Saint-Laurent, auront quelques faveurs sur l’Île Royale (la plus grande des Îles du Salut) et connaîtront l’Enfer sur l’Île Saint Joseph. Dreyfus, seul sur l’Île du Diable, n’aura pas droit à l’ombre, et se verra visé par un revolver dès qu’un bateau passera, de peur qu’il ne tente l’appel au secours.

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Île Saint-Joseph

Cellules à ciel ouvert, cellules communes, cellules plongées dans le noir… À chacun sa punition. Certains tenteront l’évasion vers le Venezuela, d’autres finiront par gagner leur liberté mais sans argent…retourneront au bagne, dans le bâtiment des « libérés », cerclé de murs et de barreaux. À Saint-Laurent, on raconte que les habitants entendaient des pleurs, des hurlements la nuit. À l’écoute des explications de notre guide, nous sentons un frisson nous parcourir.

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Saint-Laurent du Maroni

Cette visite des bagnes fut bouleversante, racontée par notre guide Amérindien : on sentait ici le choc des cultures et des générations, l’incompréhension face à une telle barbarie : colonisation, puis esclavage, puis bagne. La Guyane est chargée d’une histoire des plus douloureuses. Et nous, nous avons eu la chance aujourd’hui de rencontrer des créoles, des marrons, des métro’, hmongs, brésiliens, surinamiens… La hache de guerre semble enterrée, et même si la Guyane reste terre de secrets et enterre en elle nombre de bavures, les populations se reconstruisent, apprennent à vivre ensemble et à partager. La route est encore longue, et la forêt regorge d’histoires à découvrir, mais nous avons vu un Bushinengé amoureux d’une Toulousaine d’origine Brésilienne, un Métropolitain plaisanter avec un Guyanais en langage Créole… L’Humain renaît de ses cendres !

Nous ne sommes pas historiens et parlons ici d’une histoire qui contient encore beaucoup de zones d’ombres, n’hésitez donc pas à nous faire remarquer s’il y a des fautes dans cet article.

À très bientôt pour d’autres récits,

Tania & Guillaume

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